Envoûtante Lana

Texte écrit à l’occasion du concert de Lana Del Rey, le 17 juillet 2014, dans le cadre du Festival de Carcassonne. Paru dans L’Indépendant du 18 juillet.

Rendez-vous avec Patti Smith

Texte écrit le soir du concert de Patti Smith au théâtre Jean-Deschamps de la Cité de Carcassonne, dans le cadre du Festival, le 22 juillet 2013. Paru dans L’Indépendant du 23 juillet 2013, sous le titre « Depuis toujours et à jamais ».

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C’était il y a presque cinquante ans. Patricia Jessica Smith arrivait à New York avec son exemplaire corné des Illuminations de Rimbaud sous le bras et une seule idée en tête : être artiste, poétesse, peintre, écrivain… Elle allait croiser la route d’un autre parfait inconnu, Robert Mapplethorpe, et plus tard, ils tutoieraient la gloire…
Cinquante ans, donc, ou peu s’en faut.

Et la voilà qui chaloupe vers le micro planté au beau milieu de la scène du théâtre de la Cité. Et on se demande ce qui peut bien rester en elle de cette petite vendeuse de librairie qui rêvait à Coney Island.
Ce qu’il reste ? Rien. Tout.

Une vieille veste noire qui baille aux poches, un jean froissé et une voix, bon, dieu, une voix, comme les murailles de la Cité n’en ont pas vu des centaines. Mélange de tripes et d’envolées de tête. Mariage de l’énergie pure et d’une sorte de tranquillité que seuls possèdent les vieux dinosaures assagis au visage tavelé de rides.
Et, de Dancing barefoot à Gloria, en passant par Because the night ou sa reprise de Summertime blues, on sent bien que cette immortalité joyeuse n’a qu’un seul nom : rock’n roll.

Ci-dessous, l’interview exclusive accordée par Patti Smith à L’Indépendant, et recueillie fébrilement sur mon Iphone qui garde donc la trace de sa voix. Je tremblais encore plusieurs minutes après avoir raccroché …

La grande roue du temps

Texte écrit après le concert de Bob Dylan au Festival de Carcassonne, le 28 juin 2010. Texte paru dans L’Indépendant du 29 juin 2010.dylan

Sting, comme dans un rêve

Texte écrit après le concert de Sting, le 5 juillet 2006, au Grand-théâtre de la Cité de Carcassonne, dans le cadre du Festival, un soir de demi-finale France-Portugal du Mondial (1-0 but de Zidane sur penalty). Paru danstings L’Indépendant du 7 juillet 2006.

Plongée profonde

Texte écrit après le concert du collectif Archive, le 31 juillet 2013, au théâtre Jean-Deschamps de la Cité de Carcassonne, dans le cadre du Festival. Paru dans L’Indépendant du 2 août 2013.

Le long chant de Stéphane Eicher

Texte écrit après le concert de Stéphane Eicher, sur la place Carnot à Carcassonnstephan-eicher_331767_632x374e, en juillet 2013, dans le cadre du Festival Off. Paru dans L’Indépendant (et affiché au Longchamp).

Minuit est passé depuis quelques minutes. Sur la place Carnot noire de monde, les bras levés tanguent au rythme d’une étrange rumba qui vient de clôturer le concert de Stéphane Eicher.
Air tzigane pour une bande de saltimbanques enthousiastes qui s’est donnée à font durant plus de deux heures.
On croit que c’est fini, et d’ailleurs les lumières se rallument sur une foule heureuse, sourire aux lèvres, comblée d’avoir retrouvé le petit Suisse qui arpentait ses rues, presque incognito, il y aura bientôt vingt ans.
Pourtant, non, ce n’est pas fini. Pas encore.
Certes, on a eu droit à tout ce que l’on pouvait attendre : les ballades douces à la guitare ; quelques extraits du dernier album, La Relève, que l’on sent plus mature, plus fort ; les tubes que tout le monde voulait, de Combien de temps à Déjeûner en paix, en passant par Pas d’ami comme toi ; les moments les plus marquants de l’album enregistré là bas, pas loin, dans l’Hôtel de la Cité : Des hauts et des bas, Tu ne me dois rien ; et la gentillesse et l’humour d’un Eicher toujours aussi bien balancé entre virilité et douceur … Les mots de Philippe Djian – il nous pardonnera cette succession de points-virgules à la phrase précédente – ont résonné fort sur les guitares de Stéphan et sur l’impeccable groupe (ah, ce trombone!) qui l’accompagne.
On croit que c’est fini, donc. Mais non.
Au dernier instant, il revient en scène, suivi de ses musiciens qui se sont chacun saisis d’un cuivre. Guitare sèche en tête, Eicher descend dans la foule. La petite troupe fend les rangs du public, bouscule le service d’ordre et entame une sarabande musicale sur la place. Elle se dirige vers le bar Le Longchamp, s’arrête un peu à l’entrée pour jouer, puis pénètre dans le troquet sous les regards incrédules et hilares des serveurs et des patrons.
Et soudain c’est comme si cet homme, qui tomba tellement amoureux de cette ville qu’il lui a dédié un disque, cet homme qu’il nous arrivait de croiser souvent au café ou à la librairie, était enfin revenu chez lui.
Stéphan Eicher, espèce de vagabond fidèle, tu seras toujours le bienvenu dans la ville à laquelle tu as fait le plus beau des cadeaux : quelques chansons futiles et géniales. Inoubliables.

Parfois, il suffit d’un rien …

Compte-rendu du spectacle Brel d’Antoine Garrido, donné le 16 juillet 2006 dans la cour du Photo-BREL-088Musée des Beaux-Arts de Carcassonne, dans le cadre du Festival de La Bastide

Parfois, il suffit d’un rien. Une belle soirée de dimanche, la cour d’un musée où le jour s’attarde, l’ombrage rafraîchissant d’un arbre et ce petit homme aux cheveux poivre et sel qui entre en scène.


Antoine Garrido. Ce nom ne vous dit rien et ce n’est hélas pas étonnant. Ce natif de
s Corbières qui chante ses chansons et celles des autres depuis plus de 20 ans ne s’est pratiquement jamais produit dans son département. Et pourtant, ce soir, ils sont plus de 200 à avoir fait le déplacement. Pour Brel, bien sûr, en premier lieu.

Car ce soir Garrido chante Brel. Tout Brel, des « Flamandes » à « Vesoul », de « Jef » à « Mathilde ». Tout. Le connu et le moins connu « La bière » et l’incroyable « Fernand ». Le tendre et le tragique. Le Brel déchirant de « Madeleine » et le Brel désespéré de « Ces gens là ». Le Brel qui fait rire, le Brel qui fait pleurer, le Brel qui frappe dans ses mains, le Brel qui nous rappelle que nous ne verrons plus en vrai, son sourire de « quand il était ch’val », « Amsterdam » bien sûr, et évidemment « Quand on a que l’amour ». Tout.

Rien que ça, rien que ce voyage dans le temps serait déjà un bonheur en soi. Mais il y a plus. Car Garrido ne fait pas que chanter Brel, il y ajoute toutes ses tripes à lui. Il n’imite pas, il recrée, et même l’archi célèbre « Ne me quitte pas » prend soudain un tour nouveau, une inflexion originale, un phrasé qui côtoie celui du grand Jacques sans vouloir se confondre avec lui. Magistral.


On est debout, massés au fond ou sur les côtés dans cette cour où n’existe plus que ce petit homme aux cheveux poivre et sel et ses impeccables musiciens. Eux aussi se sont mis au
service du grand Brel avec leurs tripes, leur rythme de guitare, leur arpège de piano, leur glissando de contrebasse, leur trilles d’accordéon. L’ingénieur du son fait merveille de finesse pour accompagner l’un et l’autre, Brel et Garrido, Garrido et Brel, on ne sait plus très bien, eux deux mariés. A jamais.


Il suffit parfois d’un rien. D’une douce tempête d’émotions sous un arbre, de quelques chansons immortelles et d’un homme qui sait les chan
ter et qu’on a envie de ne jamais laisser quitter la scène…