A 102 ans, Josefa Vicente Ramos retrouve sa nationalité

PHOTO CHRISTOPHE BARREAU JOSEFA VIANTE RAMOS

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Femme de combattant Républicain, Josefa Vicente Ramos, une ancienne ouvrière réfugiée à Roullens dans l’Aude, vient de bénéficier de la loi de 2002, qui permet de récupérer la nationalité espagnole. Article paru dans L’Indépendant en mars 2015.

C’est une petite vieille dame bien mise, aux cheveux blancs impeccablement peignés, aux mains sagement posées sur son cardigan. Des mains qui en ont vu, qui ont malaxé du linge, tordu des serpillières, manié des sécateurs et des bigos au pied des souches. Qui ont lavé des carreaux, aussi, ce qui a d’ailleurs coûté un œil à Josefa Vicente Ramos. Elle était alors âgée de 18 ans et vivait à Ciudad Lineal, un quartier excentré de Madrid où ses parents étaient les gardiens d’une « maison de riches » et veillaient sur un élevage de poules.

Aujourd’hui, dans sa petite maison proprette du quartier de Grazailles à Carcassonne, Josefa se souvient, dans un savoureux mélange de Français et d’Espagnol qui fait tendre l’oreille au visiteur. Et quand ses souvenirs s’emmêlent, son fils Raymond Beltran et sa belle-fille Jeanne-Marie sont là. Car Josefa « fera » 103 ans le 12 juin prochain. Un bel anniversaire pour fêter la nationalité espagnole qu’elle vient de « récupérer », c’est le terme officiel, 65 ans après l’avoir perdue au profit de la nationalité française. Comme elle, ils sont plus de 4 000 à avoir fait la démarche, sur les trois départements que couvre le Consulat de Perpignan (Aude, PO et Ariège).

Au départ, c’est pour une question d’imposition de la pension de guerre de son époux que la démarche a été entreprise. Mais avec ces « papeles », c’est toute une vie qui revient à la surface. Vie de labeur, de combat, d’exil, puis de labeur encore, qui recoupe celle des très nombreux réfugiés de la Retirada. En 1939, c’est son mari José Beltran qui fuit l’Espagne, atterrit au camp du Barcarès, et réussit à en sortir grâce à un homonyme, originaire du même village que lui (Xert, près de Vinaroz, dans la province de Valencia) qui le fait passer pour son cousin. José va vivre cette vie si particulière des Républicains espagnols exilés en France et qui furent parmi les premiers Résistants.

« Du Barcarès et de la Résistance, il ne m’en a jamais parlé », soupire Raymond Beltran, qui a cependant recueilli les confidences de l’abbé Jean Courtessoles sur cette période du passé de son père.

Pendant ce temps, Josefa et ses deux enfants se sont repliés sur Madrid, où José était concierge avant la guerre. Ce n’est qu’en 1949 qu’il les fera venir en France, à Roullens précisément, où un ami maçon l’a embauché. « Mon père considérait qu’il avait choisi la France, qu’il avait décidé d’y rester, et avait déjà entrepris des démarches pour être nationalisé ». En 1950, c’est chose faite, et la famille devient française. Il aura donc fallu 65 ans pour que Josefa retrouve la double appartenance qui ne l’a, au fond, jamais quittée. Son fils Raymond, dont les travaux sur la laïcité – il a tenu douze ans une chronique dans L’Indépendant sur le sujet – sont aujourd’hui lus en Espagne, envisage peut-être, lui aussi, de s’engager dans la démarche. Et pour prouver ce qu’il reste d’espagnol en lui, il raconte une anecdote surprenante. Il y a quelques années, il avait accompagné un groupe de différentes nationalités à une course landaise. Il a été le seul à comprendre – à sentir plutôt – pourquoi les Espagnols s’indignaient de voir la vachette entravée par une corde. « Il n’y a qu’eux pour ne pas supporter de voir un taureau humilié».

Tombée pour elle

Portrait de la romancière britannique Kate Mosse, propriétaire d’une maison aux pieds de la Cité de Carcassonne depuis 26 ans. Une partie de l’intrigue de son immense succès littéraire, Labyrinth, se déroule à Carcassonne. Paru dans l’Indépendant en avril 2015.

PHOTO CLAUDE BOYER PORTRAIT KATE MOSSE A L'HOTEL DE LA CITE

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