Je suis de sa bande

YvesRouqette3©CharlesCamberoqueJésus ? je suis de sa bande. Sans réserve, je suis son homme. Avec les églises ou les sectes qui se réclament de lui, c’est évidemment une autre paire de manches. Elles, non. Mais lui : oui, oui, oui. Je parle du Jésus des Evangiles, bien sûr. Des Evangiles « sine glosa, in extenso, in excelsis« , et point final.

Les questions que soulèvent les travaux des historiens ou des exégètes, des archéologues ou des littérateurs, des illuminés ou des cuistres sont sans effet sur moi. Est-il ressuscité ou non ? Est-il mort sur la croix ou de vieillesse ? N’aurait-il pas fait l’amour avec Madeleine ? Sa mère était-elle vierge avant, pendant et après qu’elle le mette au monde ? Et Jean, le disciple bien aimé, n’aurait-il as été son amant ? Ce ne se dit pas trop encore, mais je sens que ça vient.

De tout ça, je me fiche. Autrement plus revigorante est la bonne nouvelle, vieille comme les textes attribués à Matthieu, Luc, Marc et Jean. Elle tient en peu de mots : Dieu est mort en Jésus. Elle n’affligera que ceux qui s’étaient fabriqué un Dieu fait de cervelle d’homme. Un Dieu en forme de souverain au superlatif : créateur et souverain maître de toutes choses, du monde et de l’Histoire, roi des rois, Dieu des armées, législateur en dix articles, expert comptable des crimes et châtiments, juge suprême et implacable.

Ce Dieu-là, Jésus l’abandonne à ceux qui vont avoir sa peau. Lui qui se définit comme « le vrai chemin vivant qui mène au ciel » ne l’a visiblement jamais rencontré.

Le seul dont il parle est père. C’est le Père, son père et le père de tous, juifs ou pas juifs. Un père qui attend ses enfants au bout de leurs errances, de leurs erreurs et de leurs méfaits. Un père qui, comme dans l’affaire du fils prodigue, a gardé un « veau gras » pour le retour de celui qui l’avait quitté et lui a préparé la chambre pour la vie qui n’en finit pas.

Avec Jésus, surgit un Dieu enfin aimable : peu puissant, comme le sont les pères d’ici-bas, suprêmement dépendant, d’infinie douceur, d’infinie patience, tout amour et dont l’amour aura raison de tout. « Qui me voit, disait Jésus, voit le père ». Soit ! Voici donc Dieu sans un caillou pour reposer la tête, accueillant le publicain, la fille publique et l’étranger, pardonnant à tour de bras, emmenant avec lui dans son royaume – le premier de tous ! – le voyou qui l’en prie …

J’ai peine à croire que, pour ce Dieu-là, Jésus soit mort sur une croix en sacrifice : son père n’avait pas besoin de victimes. De même, il m’importe peu qu’il soit ressuscité ou non : Jésus a désormais des milliards de visages. Il est vous, moi, n’importe qui. L’Absolu n’est plus au ciel, mais dans les êtres. Dans les vivants.

Si nous sommes jugés, ce n’est ni Dieu ni Jésus qui jugeront. C’est ceux que nous avons respectés ou méprisés, pardonnés ou condamnés, aidés ou abandonnés. L’oeil pour oeil dent pour dent n’a pas cours chez le père de Jésus. Dieu est mon prochain, il est dans mon prochain.

Au fait, connaissez-vous le nouveau commandement, le tout dernier, le dernier paru ? Le voici : « Aimez-vous les uns les autres ». Il est signé Jésus de Nazareth, apatride. C’est du feu.

Yves Rouquette, le 21 novembre 1999, dans « La Dépêche du Midi ».